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Modèle, rival, obstacle : ce que le désir mimétique révèle de nos relations.

il y a 2 jours
3 min de lecture

« Au début, je l'admirais. Aujourd'hui, tout est devenu compétition. »

Cette phrase, je l'entends sous bien des formes. Dans un couple qui se dispute sur tout. Chez une amie qui s'éloigne d'une autre sans trop savoir pourquoi. Entre un frère et une sœur qui, adultes, comptent encore qui a reçu le plus.

Un livre m'a offert une clé pour lire ce mouvement : Notre troisième cerveau, de Jean-Michel Oughourlian, paru chez Albin Michel.


Couverture du livre Notre troisième cerveau de Jean-Michel Oughourlian, éditions Albin Michel

Qui est Jean-Michel Oughourlian ?

Neuropsychiatre et psychologue, Jean-Michel Oughourlian a longtemps collaboré avec le philosophe René Girard, le penseur du désir mimétique. Ensemble, ils ont cosigné Des choses cachées depuis la fondation du monde. Dans Notre troisième cerveau, il relie cette pensée aux découvertes des neurosciences, en particulier les neurones miroirs.


Trois cerveaux pour une seule personne

Oughourlian décrit trois cerveaux qui cohabitent en nous.

Le premier est cognitif : il pense, analyse, raisonne.Le deuxième est émotionnel : il ressent, réagit, garde en mémoire ce qui nous touche.Le troisième est mimétique : il nous relie aux autres en permanence. Il capte, il imite, il désire à travers eux.

Ce troisième cerveau agit en grande partie à notre insu. C'est lui qui fait qu'un bâillement se propage dans une pièce, ou qu'une envie naît au moment où quelqu'un d'autre désire quelque chose.


Nous désirons à travers l'autre

L'idée centrale, héritée de René Girard, est simple et bouleversante : le désir naît rarement de nous seuls. Il passe par un modèle. Nous voulons ce que l'autre veut, parce qu'il le veut.

Observe deux enfants dans une salle de jeux. Un jouet délaissé depuis une heure devient soudain précieux dès qu'un autre enfant le prend en main. Adultes, le mécanisme reste le même, il change seulement d'objet : un métier, une maison, une reconnaissance, une place, parfois une personne.

Ce mouvement a une face lumineuse. C'est grâce à lui que nous apprenons, que nous grandissons, que nous trouvons de l'élan. Un modèle inspire, il ouvre un chemin.


Le glissement : de modèle à rival, puis à obstacle

Tant que le modèle reste à distance, un auteur, une mentore, une figure admirée, il inspire.

Quand il devient proche et que nos désirs se croisent sur le même objet, il devient rival. Le temps, la reconnaissance, la liberté, le fait d'avoir raison : l'objet change, la rivalité reste.

Et quand la rivalité s'installe, l'autre devient obstacle. L'objet du désir s'efface peu à peu. On finit par regarder l'autre davantage que ce que l'on désirait au départ. On veut gagner, avoir raison, plus qu'être bien ensemble.

Oughourlian souligne un point très éclairant : chacun est persuadé que son désir lui appartient, et voit l'autre comme celui qui copie, ou qui empêche.


Dans le couple

C'est là que je retrouve ce mouvement le plus souvent, dans les couples que j'accompagne.

Au début, l'autre est un modèle. On admire sa liberté, son assurance, sa façon d'être au monde. Puis, avec le temps, les désirs se croisent. Qui a raison. Qui donne le plus. Qui dispose de plus de liberté. Qui est le plus fatigué. Chacun se met à compter.

Les disputes changent de sujet, et gardent la même forme. Ce qui se joue là, c'est un mécanisme, et il se joue à deux. Le reconnaître change déjà le regard que chacun porte sur l'autre.


En amitié aussi

En amitié, le glissement est plus discret. Une amie réussit un projet, et une petite pointe se glisse dans la joie qu'on lui témoigne. Les confidences se font plus rares. Les comparaisons s'installent, en silence.

La rivalité se dit rarement entre amis. Elle se sent : dans une distance, dans une gêne, dans un compliment qui sonne un peu faux.


Retrouver le souffle de la relation

La clé que m'a offerte ce livre tient en une phrase : repérer le moment où l'autre glisse de modèle à rival.

Quelques questions aident à le voir :

  • Qu'est-ce que je désire vraiment, là, maintenant ?

  • Ce désir m'appartient-il, ou est-il né en regardant l'autre ?

  • Est-ce que je cherche à obtenir quelque chose, ou à gagner contre quelqu'un ?

Le corps signale souvent ce glissement avant la tête : une mâchoire qui se serre, un agacement plus fort que la situation, une fatigue qui arrive dès que l'autre entre dans la pièce. Ces signaux sont précieux, ils indiquent où regarder.

Quand on revient à ce que l'on désire vraiment, l'autre peut redevenir un partenaire. Et parfois même, à nouveau, un modèle.


Si tu reconnais ce mouvement dans ton couple et que tu aimerais un regard extérieur pour le démêler, « Une rencontre, simplement » t'offre trente minutes pour poser ta question et repartir avec une vraie réponse.

Et toi, dans tes relations, reconnais-tu ce glissement ?


Avec toi, Sylvie.

 
 
 

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