Pourquoi suis-je toujours fatigué·e, même quand je me repose ?
Vous dormez suffisamment. Vous essayez de ralentir. Vous profitez du week-end pour récupérer. Peut-être avez-vous même pris quelques jours de vacances.
Et pourtant, la fatigue est toujours là.
Parfois dès le réveil. Parfois elle revient quelques heures seulement après avoir repris votre rythme habituel.
Et cette situation finit par devenir déroutante : si je me repose et que je reste fatigué·e, qu’est-ce que je suis censé·e faire de plus ?
Peut-être, justement, ne s’agit-il pas d’en faire plus.
Peut-être faut-il commencer par comprendre ce qui vous fatigue réellement.
Car se reposer et récupérer sont deux choses différentes.
Se reposer ne signifie pas toujours récupérer
Nous avons tendance à associer automatiquement fatigue et repos. Je suis fatigué·e, donc je dois dormir davantage, ralentir, m’allonger, prendre des vacances.
C’est parfaitement logique lorsque la dépense qui nous a fatigués est essentiellement physique.
Après un effort important, le corps a besoin de repos. Après plusieurs nuits trop courtes, le sommeil manque. Après une période particulièrement intense, ralentir peut permettre de récupérer.
Mais toutes nos dépenses d’énergie ne sont pas aussi visibles.
Vous pouvez passer une journée entière assis·e devant un ordinateur et terminer plus épuisé·e qu’après une journée passée dehors à bouger.
Pourquoi ?
Parce que votre agenda ne comptabilise qu’une petite partie de ce que vous avez réellement dépensé.
Il existe une fatigue que votre agenda ne montre pas
Votre agenda indique peut-être trois réunions, quelques mails, un dossier à terminer et une soirée tranquille à la maison.
Mais il ne montre pas la contrariété que vous avez contenue pendant plusieurs heures.
Il ne montre pas toutes les fois où vous avez ajusté votre comportement pour vous adapter à quelqu’un.
Il ne montre pas la conversation que vous rejouez mentalement depuis ce matin.
Il ne montre pas cette décision que vous repoussez depuis des semaines et qui reste ouverte quelque part dans votre tête.
Il ne montre pas non plus l’effort que demande parfois le simple fait de rester vigilant·e, de prévoir, d’anticiper, de faire bonne figure ou de correspondre à ce que l’on attend de vous.
Pourtant, votre corps, lui, comptabilise tout.
C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes peuvent dormir huit ou neuf heures et se réveiller encore fatiguées.
Elles ont reposé leur corps.
Mais elles n’ont peut-être pas encore répondu à ce qui consomme leur énergie.
Nous essayons parfois de réparer la mauvaise chose
Imaginez que vous ayez plusieurs réservoirs et que l’un d’eux se vide.
Vous pouvez remplir les autres autant que vous voulez : cela ne répondra pas nécessairement à ce qui manque dans celui-là.
C’est un peu ce qui se produit lorsque nous répondons systématiquement à la fatigue par davantage de sommeil.
Dormir alors que votre corps manque de carburant ou de certains nutriments ne répond pas au problème.
S’isoler alors que ce qui vous manque est un lien dans lequel vous pouvez réellement être vous-même ne répond pas au problème.
Passer la soirée devant une série alors que votre tête est encombrée de quinze choses non résolues ne ferme aucune de ces boucles.
Et prendre quinze jours de vacances peut vous faire énormément de bien sans rien modifier à une situation quotidienne qui vous demande, dès votre retour, de recommencer à vous adapter en permanence.
Le repos n’est donc pas inutile.
Il ne peut simplement réparer que ce que le repos peut réparer.
Et c’est là que la question devient intéressante.
Au lieu de demander « Comment être moins fatigué·e ? »
Essayez de déplacer légèrement la question :
« Où part mon énergie ? »
Le changement paraît minuscule. Il ne l’est pas.
« Comment ne plus être fatigué·e ? » nous pousse immédiatement à chercher une solution : dormir davantage, prendre des vitamines, changer notre alimentation, essayer une méthode, acheter un complément…
« Où part mon énergie ? » nous invite d’abord à comprendre.
Et ce changement de posture est important.
Parce que toutes les fatigues ne racontent pas la même histoire.
Une fatigue présente dès le réveil n’est pas nécessairement la même qu’une fatigue qui apparaît après plusieurs heures d’écran.
Une fatigue qui reste identique quel que soit le contexte ne raconte pas forcément la même chose qu’une fatigue qui monte devant certaines personnes ou dans certaines situations.
Une fatigue physique, lourde, ressentie jusque dans les jambes, ne ressemble pas toujours à cette sensation étrange d’avoir le corps encore disponible mais la tête incapable d’en faire davantage.
Et une fatigue qui disparaît presque instantanément lorsqu’une proposition vous enthousiasme mérite également qu’on s’y intéresse.
Autrement dit, avant de chercher la solution à la fatigue, il peut être utile de commencer par comprendre sa propre fatigue.
Votre fatigue possède peut-être une signature
Lorsque vous commencez à l’observer plutôt qu’à simplement la subir, des régularités peuvent apparaître.
Dans mon travail autour de la fatigue, j’utilise quatre grandes portes d’exploration : le corps, les émotions, le mental et l’ancrage.
Le corps, lorsque le réservoir manque réellement de carburant, de matière, d’eau ou de récupération, ou lorsqu’il doit compenser une surcharge.
Les émotions, lorsque de l’énergie est mobilisée en permanence par ce que nous retenons, supportons ou traversons.
Le mental, lorsqu’il sature sous les décisions, les sollicitations, les ruminations, les écrans ou les changements incessants de tâche.
Et enfin l’ancrage, lorsque beaucoup d’énergie est consacrée à rester en sécurité, à surveiller, à s’adapter, à tenir une place ou à vivre à rebours de ce qui compte profondément pour soi.
Ces dimensions peuvent évidemment se mélanger. C’est même fréquent.
Il ne s’agit donc surtout pas de décider : « Moi, je suis une fatigue émotionnelle » ou « Ma fatigue est mentale ».
Ce serait remplacer une étiquette par une autre.
Ces quatre portes servent plutôt de carte d’exploration : elles permettent de regarder là où nous n’aurions peut-être pas pensé à regarder.
Commencez par observer votre fatigue autrement
Avant de chercher une nouvelle solution, vous pouvez déjà devenir curieux·se de votre fatigue.
Observez-la pendant quelques jours.
Est-elle toujours présente de la même manière ?
Y a-t-il des moments où elle augmente ou, au contraire, disparaît presque ?
Certaines activités vous épuisent-elles davantage que d’autres, indépendamment de l’effort physique qu’elles demandent ?
Certaines personnes, certains lieux ou certains moments de la semaine semblent-ils avoir un effet sur votre énergie ?
Le repos vous restaure-t-il réellement ? Et si oui, combien de temps ?
Votre fatigue est-elle différente les jours où vous faites quelque chose qui vous plaît réellement ?
Il ne s’agit pas encore de trouver une explication.
Il s’agit de récolter des indices.
Car lorsque nous disons simplement « je suis toujours fatigué·e », nous rassemblons sous une seule phrase des expériences qui peuvent être très différentes.
En commençant à observer quand, comment et dans quelles circonstances la fatigue apparaît, elle devient progressivement plus lisible.
Et c’est déjà un changement important : vous ne cherchez plus seulement à la faire taire.
Vous commencez à comprendre son fonctionnement.
Et si la fatigue était une information plutôt qu’un ennemi ?
La fatigue appartient à la même grande famille de signaux corporels que la faim, la soif ou la satiété.
Lorsque nous avons soif, nous ne considérons pas la soif comme notre ennemie. Nous comprenons qu’elle nous informe de quelque chose.
La fatigue aussi transmet une information.
Elle peut nous inviter à ralentir. Elle peut signaler que le corps manque de quelque chose. Elle peut accompagner une saturation mentale, une charge émotionnelle ou un système nerveux qui reste mobilisé.
Le problème n’est donc pas nécessairement que notre corps nous envoie le signal.
Le problème peut être que nous avons appris à passer outre.
Un café.
Un peu de sucre.
« Encore dix minutes. »
« Je terminerai d’abord ça. »
« Je me reposerai ce week-end. »
Puis le week-end suivant.
À force de repousser certains signaux, nous pouvons devenir moins habiles à les reconnaître tôt. C’est notamment ce que permet de travailler l’interoception : notre capacité à percevoir ce qui se passe à l’intérieur du corps.
Et plus nous apprenons à entendre un signal tôt, moins il a besoin de devenir assourdissant pour attirer notre attention.
L’objectif n’est pas de devenir expert·e en fatigue
Il n’est pas non plus de passer ses journées à analyser chaque sensation.
L’objectif est beaucoup plus simple : mieux se connaître pour pouvoir agir plus justement.
Si vous découvrez que votre énergie chute systématiquement en fonction de vos repas, vous ne chercherez pas la même réponse que si votre fatigue apparaît uniquement après plusieurs heures de concentration.
Si vous constatez que vous récupérez très bien pendant les vacances mais que votre fatigue revient quelques jours après votre retour, cela vous donne une information sur ce qui se passe dans votre quotidien.
Si vous vous rendez compte que certaines relations vous demandent énormément d’efforts parce que vous y surveillez constamment vos paroles, vos réactions ou votre façon d’être, là encore, vous disposez d’un indice.
Et c’est là que l’autonomie commence.
Non pas dans le fait de tout savoir ou de tout résoudre seul·e.
Mais dans la capacité à comprendre suffisamment ce qui se passe en soi pour choisir plus consciemment ce que l’on veut faire ensuite.
Pour commencer : un ebook gratuit pour explorer votre fatigue
C’est précisément dans cet esprit que j’ai créé l’ebook gratuit :
« Et si je pouvais ne plus être fatigué·e ? »
Il ne vous promet pas une recette miracle pour retrouver votre énergie.
Il vous propose de commencer à enquêter.
Vous y trouverez notamment un quiz de 12 questions pour commencer à repérer le langage que votre fatigue emprunte aujourd’hui, des pistes d’introspection et un exercice à expérimenter chez vous.
L’idée n’est pas de vous dire ce que votre fatigue signifie.
Elle est de vous donner des repères pour que vous puissiez commencer à le découvrir.
Et si vous voulez aller plus loin
J’ai également créé l’atelier en ligne :
« La Fatigue — Retrouver le fil de son énergie »
L’atelier poursuit cette exploration beaucoup plus en profondeur.
Nous y regardons ce qui peut se jouer au niveau du corps, des émotions, du mental et de l’ancrage : alimentation, surcharge, émotions retenues, ruminations, fatigue décisionnelle, système nerveux, sécurité, adaptations, regard des autres, alignement…
Mais surtout, vous ne restez pas spectateur·rice.
Vous expérimentez.
Vous observez ce qui résonne chez vous.
Vous choisissez vos pistes.
Et vous repartez avec votre propre plan personnel, plutôt qu’avec une liste de conseils universels à appliquer.
C’est toute la philosophie de Bien-être en conscience : vous transmettre des connaissances, des repères et des outils pour que vous puissiez progressivement devenir plus autonome face à ce que vous vivez.
Et si la fatigue persiste ?
Apprendre à comprendre ses propres fonctionnements ne signifie évidemment pas tout expliquer par les émotions, le mental ou le mode de vie.
La fatigue peut être le symptôme d’une maladie.
Si elle persiste malgré les changements que vous avez mis en place, un avis médical permet d’explorer d’autres pistes.
Et certains signes justifient de consulter plus tôt : essoufflement inhabituel, perte de poids inexpliquée, fièvre, ganglions, soif intense, ronflements accompagnés de pauses respiratoires ou humeur basse persistante.
L’autonomie ne consiste pas à tout faire seul·e.
Elle consiste aussi à savoir ce que l’on peut explorer soi-même, ce que l’on peut changer et quand il est temps de passer le relais.
Finalement, la première étape face à une fatigue qui persiste n’est peut-être pas de chercher immédiatement comment la faire disparaître.
Elle peut être de commencer à comprendre ce qu’elle raconte.
Et, à partir de là, de choisir où agir.
Parce que devenir capitaine de sa vie, ça s’apprend.





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